Au Sénat, lors de la séance de questions orales du 20 octobre, j’ai interpellé le Gouvernement sur la sauvegarde de l’andouille de Guémené, emblème de notre patrimoine gastronomique et fierté du Centre-Bretagne. Derrière cette spécialité reconnue bien au-delà de nos frontières, ce sont des artisans, des emplois et une tradition séculaire qui sont en jeu.
La question est technique, mais les conséquences sont très concrètes. La fumaison traditionnelle au feu de bois de hêtre, qui donne à l’andouille de Guémené son goût unique, entraîne, sur la peau, la présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), soumis à des seuils réglementaires européens pour protéger la santé des consommateurs. Cette exigence sanitaire est légitime.
Mais l’Europe a prévu des dérogations possibles pour préserver les produits fumés traditionnellement et éviter la fermeture de petites et moyennes entreprises. Dix États membres ont formulé cette demande de dérogation et ont obtenu, sous conditions, la possibilité de commercialisation des produits dépassant les seuils habituels, dans la limite de 30 microgrammes de HAP par kilo.
Alors, pourquoi la France n’a-t-elle pas engagé cette démarche pour l’andouille de Guémené ? L’entreprise concernée est accompagnée par les services de l’État depuis plus de dix ans. Pourtant, le Gouvernement reconnaît qu’aucune demande de dérogation n’a été formulée à ce jour.
Cette situation pose une vraie question de responsabilité publique. Quand un dispositif européen permet de concilier protection des consommateurs et sauvegarde des savoir-faire, encore faut-il se donner les moyens de le mobiliser !
Je refuse que nous assistions impuissants à la fragilisation d’une filière emblématique de notre territoire. Il faut examiner toutes les solutions possibles, sans transiger sur la sécurité sanitaire, pour défendre nos emplois, nos artisans et notre patrimoine culinaire.